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  • «Sauver un animal ne changera pas le monde. Mais pour cet animal, le monde changera pour toujours.» 
 PrésidentAssociation "Petit Mouton noir" (Voir Rubrique )
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27 octobre 2011 4 27 /10 /octobre /2011 18:21

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Les amis des animaux ne sont pas tous misanthropes.

"Plus je connais les hommes, plus j'aime les bêtes..."

Plus question de se fier à cette vieille rengaine de la rancoeur.

Aujourd'hui, il s'agit de tout autre chose.

Un bouleversement est en marche.

Il est venu de fort loin, n'est pas près d'aboutir, mais se trouve en pleine effervescence.

Difficile de dire, en trois mots, tout ce qu'il touche.

On explore un continent - dénommé, faute de mieux, animalité - qu'on ne sait au juste comment qualifier : continent perdu, ou bien noir, inconnu, promis, soustrait, englouti, émergent ?

De plus en plus présent, en tout cas, dans la pensée philosophique contemporaine.

Il exige aussi que soit interrogé l'humain, qu'il soit repensé et redéfini. Vaste programme...

Il y a une bonne dizaine d'années, déjà, on dénommait "philozoophie" cette mouvance multiforme qui explore la frontière homme-animal, l'estompe, l'efface, la remet en perspective, la conteste ou la longe.

 

On y a vu voisiner - entre autres - Peter Singer, auteur de La Libération animale (Grasset, 1973), l'un des premiers à fustiger le "spécisme", Gilles Deleuze, penseur du devenir-animal, déclarant notamment : "Un homme qui souffre est une bête, une bête qui souffre est un homme", Elisabeth de Fontenay rassemblant dans Le Silence des bêtes (Fayard, 1998) une somme d'analyses devenues classiques, sans oublier l'important livre posthume de Jacques Derrida, L'Animal que donc je suis, publié chez Galilée en 2006, deux ans après sa disparition.

A partir de ces travaux, l'effervescence n'a cessé de croître.

 

La philozoophie, à présent, est plus qu'un jeu de mots, plus qu'une tendance, ce pourrait être un concept - celui d'une philosophie du vivant, humain aussi bien que non humain, considéré dans sa nature propre, ses processus de subjectivation, ses droits, ses relations aux autres, qu'il soient semblables ou dissemblables, ses liens avec ce qui l'entoure, ses lignes de partage.

 

Cette philozoophie en finit avec le temps des pionniers, francs-tireurs et fondateurs.

 

L'âge d'or semble venu.

 

Pour preuve, le trio d'ouvrages qui vient de paraître.


D'abord, indice d'un domaine bien installé, une anthologie, fort utile, rassemble quantité de textes relatifs à "l'éthique animale" - non pas les règles morales propres à certaines espèces, mais les questions éthiques soulevées par les relations entre nous, humains, et ceux que nous regroupons sous le vocable "animaux".

 

C'est du beau travail : 180 auteurs - depuis Pythagore jusqu'à Jean-François Nordman -, classés par ordre chronologique, se penchent sur les droits des animaux et les devoirs des humains, sur la souffrance partagée comme sur la sensibilité solidaire, sur les contradictions des régimes carnés et sur la cohérence proclamée du végétarisme.


Deux surprises attendent les lecteurs.

 

D'abord la découverte d'auteurs inconnus, souvent étonnants de clarté ou de précocité. Ainsi, le naturaliste français Jean-Claude de La Métherie publie, en 1787, à Genève, des Principes de philosophie naturelle où on peut lire, à propos des animaux et de l'homme : "Ils sont sensibles comme lui : il leur doit comme conséquent de l'amour, de l'estime et de la bienveillance, comme nous avons vu qu'il en doit à tout être sensible."

 

C'est seulement deux ans plus tard, à Londres, que le philosophe Jeremy Bentham écrira ce qui passe généralement pour le vrai coup d'envoi de la philozoophie : "La question n'est pas "peuvent-ils raisonner ?", ni "peuvent-ils parler ?", mais "peuvent-ils souffrir ?""


L'autre surprise, c'est la pérennité d'arguments identiques, répétés ou réinventés de siècle en siècle.

 

Le végétarisme, par exemple, de Porphyre à Claude Lévi-Strauss, connaît peu de nouveauté.

 

On a plutôt le sentiment d'un retour, obstiné et pathétique, de ce même constat : le monde dysfonctionne, le meurtre domine, la violence parade - à quoi s'ajoute ce voeu immémorial : que se mettent en place d'autres relations.

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Reste qu'il ne suffit pas de soupirer - ni d'expliquer - pour que le monde change.

 

Il faut aussi que se modifient les perspectives et les cadres de pensée.

 

La réflexion de fond que poursuit de livre en livre Corine Pelluchon peut y contribuer.

 

Elle ne prend pas simplement en compte la question des élevages industriels ou du respect des vies animales, elle étend sa réflexion aux éléments naturels, au fait que la nature "vaut par elle-même" et non pas en fonction de nos besoins.

 

La vraie originalité de ce travail est de déplacer résolument la réflexion : c'est de nous, humains, que parle notre rapport aux animaux.

 

Pour sortir des impasses écologiques, comme pour mettre un terme à la barbarie envers les autres vies, c'est le sujet humain qu'il convient de repenser.


Pour cela, il ne suffit pas de défaire le sujet classique - celui du droit, du contrat social, de l'économie - l'individu autonome, rationnel, calculant ses intérêts, défendant ses droits, maximisant ses avantages.

 

Il faut que le sujet se conçoive comme responsable envers la nature et les autres vivants.

 

En mettant l'accent sur la vulnérabilité - fragilité aussi bien que propension à compatir -, Corine Pelluchon s'efforce d'élaborer cette nouvelle forme de responsabilité.

 

A l'horizon, une métamorphose de l'humanisme, s'ouvrant à la diversité et à l'altérité, et une éthique qui prolonge celle de Levinas, mais au-delà de l'autre humain, vers les autres vivants et les choses de la nature. Ce livre confirme que l'itinéraire de cette philosophe, inauguré en 2009 avec L'Autonomie brisée (PUF), mérite d'être suivi avec attention.


Il faudra suivre aussi Etienne Bimbenet, qui ouvre une réflexion d'envergure avec L'Animal que je ne suis plus. Cinq ans après L'Animal que donc je suis, de Derrida, le titre sonne comme une réplique - au sens des dialogues de Platon ou des secousses sismiques.

 

Deux constats incompatibles commandent cet itinéraire : il est devenu impossible de nier l'évolution qui nous rattache aux animaux, mais il demeure impossible aussi de nier que nous sommes différents.

 

Voilà la difficulté : tenir ensemble le naturalisme, qui veut faire de l'homme un animal comme un autre, et l'humanisme, qui rêve de maintenir une exception que tout semble battre en brèche.


Fidèle à la démarche de Merleau-Ponty, auquel il a consacré deux précédents livres, Etienne Bimbenet avance sur un chemin étroit, mais passionnant, entre deux écueils : perdre l'animal ou perdre l'humain.

 

Sa question devient à peu près : comment l'évolution a-t-elle fini par faire d'un animal cet être si différent des autres, qui se dénomme lui-même, se représente un monde, s'échine à trouver des vérités ?

 

Toute l'originalité et la vraie puissance de cette méditation exigeante tiennent dans ce mouvement : comprendre comment l'humain est devenu un animal en rupture qui, sans être divin, est pourtant le seul à concevoir l'infini.

 

Il faut le redire : ce n'est pas un livre pour débutants.

 

Mais c'est une étape remarquable, et qui en annonce d'autres, de cet âge d'or de la philozoophie.


Age d'or signifie, on l'aura compris, temps de maturité, d'approfondissement, mais aussi de remise en cause, voire de réorientation.

 

Encore un effort, et la phrase "plus je connais les animaux, plus j'aime les hommes" finira bien par prendre un nouveau sens.

Roger-Pol Droit

http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/10/27/l-age-d-or-de-la-philozoophie_1594631_3260.html

http://www.villiard.com/blog/wp-content/uploads/2007/06/chat-chien.jpg

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Published by labrajack
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