Image © Sébastien Féval
Au refuge de la SVPA, sur les hauts de Lausanne, une vingtaine de chats attendent d'être placés.
Sociables, jeunes et en bonne santé, ils ont été décrétés aptes à trouver un foyer.
Comment lutter contre la surpopulation des matous?
La question, soulevée hier dans nos pages, se pose au quotidien dans les refuges de Suisse romande.
Beaucoup se disent débordés, à l'exemple de SOS Chats, à Noiraigue (NE), qui accueille 240 chats pour une capacité de 120.
Plusieurs responsables de refuges situés dans l'arc lémanique nous ont avoué, hier, être eux aussi dans une situation difficile.
Le son de cloche est différent du côté de la Société Vaudoise pour la protection des animaux (SVPA): le président Samuel Debrot nous a confié que la situation était loin d'être grave au refuge lausannois de l'association. «Nous sommes pleins, mais il n'y a pas de trop-plein.»
Intrigués, nous nous sommes rendus sur place pour comprendre comment la SVPA s'y prend pour éviter l'encombrement.
Accueillis sans distinction
Première constatation à l'arrivée au centre, situé sur les hauts de Lausanne, en pleine forêt: ici, ce n'est pas la cohue dans les enclos.
«Nous avons actuellement une quarantaine de chats, souligne Samuel Debrot. Parmi eux, 20 à 25 attendent d'être placés.»
Jeunes, en bonne santé et sociables, ils seront généralement adoptés en quelques jours.
Dans un autre box, on découvre les chats trouvés dans la rue, qui attendent que leurs propriétaires viennent les chercher.
Plus loin, l'infirmerie accueille des félins chez qui on a décelé les premiers symptômes du coryza.
Quarante chats, pour un refuge de cette taille, c'est peu.
D'autant que le directeur précise que l'endroit accueille, sans la moindre distinction, tous les animaux qui y sont amenés.
«Si on refuse des bêtes, les gens les abandonnent dans la forêt qui entoure le refuge, et c'est à nos gardiens de courir après! On doit tout accepter. Ensuite, nous sommes obligés de faire le tri.»
Faire le tri, cela signifie, en clair, euthanasier les bêtes qui n'ont aucune chance d'être placées.
Soit 25% des chats amenés au refuge.
Dédramatiser l'euthanasie
Qui sont ces félins que l'on décrète impossibles à placer?
D'abord, ceux qui sont trop âgés.
«Passé 9 ou 10 ans, un chat n'a plus une chance de trouver un foyer.»
Viennent ensuite les bêtes jugées trop malades: «Celles qui ont un petit rhume, on peut les soigner.
Mais quand on voit des matous qui ont les yeux et le nez qui coulent et qui s'amaigrissent à vue d'oeil, il n'y a pas d'espoir pour eux.»
Il y a enfin les chats trop sauvages, que la SVPA préfère aussi euthanasier: «Ceux qui griffent, qui mordent, qui sautent sur les vitres dès que vous entrez, on les endort.»
Pour Samuel Debrot, le procédé n'a rien de choquant: «Il faut dédramatiser l'euthanasie des chats! Le plus important, pour ces bêtes, c'est d'avoir un foyer. Si un chat est trop âgé, trop malade ou trop sauvage pour pouvoir être placé chez quelqu'un, mieux vaut l'endormir que de l'entasser avec d'autres dans un refuge où il ne sera pas heureux!»
Et le président de la SVPA de déplorer le choix de certains centres de Suisse romande: «Quand on me dit qu'à Noiraigue ils ont 240 chats pour une capacité de 120, je trouve ça complètement fou!
Le problème de ce genre d'endroits, c'est qu'ils veulent garder tous les chats, même lorsqu'ils n'ont plus aucune chance d'être placés.
Les bêtes s'entassent, et il devient très difficile de les contrôler.
Ici, au moins, il y a huit employés pour une quarantaine de chats. Du coup, les litières sont toujours propres et si un animal a la diarrhée ou un rhume, on le voit tout de suite.»
L'euthanasie, selon lui, n'est pas incompatible avec la protection des bêtes: «La protection des animaux, c'est s'assurer qu'ils ont une existence convenable et une mort sans souffrance.
Entasser les chats dans un refuge, ce n'est pas les protéger.»
Renaud Malik - le 25 septembre 2009, 23h11
Le Matin
http://www.lematin.ch/actu/suisse/samuel-debrot-devons-faire-tri-170768